Publié le 26 février 2025
Théâtre du Point du Jour : Rencontre avec Angélique Clairand et Éric Massé, architectes d’un théâtre citoyen
Crédit photo : © Showgirls de Jonathan Drillet et Marlène Saldana
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Théâtre du Point du Jour : Rencontre avec Angélique Clairand et Éric Massé, architectes d’un théâtre citoyen

Une vision audacieuse du théâtre
Spectacle
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Théâtre, Focus

Le Théâtre du Point du Jour, dirigé par Angélique Clairand et Éric Massé depuis 2019, incarne une vision audacieuse du théâtre, à la fois ouverte, inclusive et ancrée dans les enjeux contemporains. À travers ses créations, ses projets itinérants et son engagement envers la diversité, il redéfinit la place de l’art dans la société et se positionne comme un acteur clé de la scène théâtrale lyonnaise. Rencontre avec ces deux artistes passionnés, qui, par leur détermination, façonnent un théâtre vivant, tourné vers l’avenir.

Vous dirigez le Théâtre du Point du Jour depuis 6 ans. Quels ont été les principaux défis à relever depuis le début de cette aventure ?  

Le théâtre était vide à notre arrivée – pas de fichier, rien. On est parti de zéro. Seule l’équipe technique était présente, mais il fallait tout créer : de A à Z. Aujourd'hui, après six ans, le Théâtre du Point du Jour est devenu une véritable maison de création, avec 58 à 60% de programmation composée de créations. La crise du Covid a été un défi majeur, mais nous avons su faire preuve d’agilité et d’adaptation. Grâce à cette expérience, nous avons gagné en maturité. Nous avons voulu offrir un lieu ouvert et convivial, avec des propositions artistiques variées comme des cabarets, podiums, banquets et même des rings de boxe. Un autre enjeu important est l'accessibilité, notamment pour les personnes à mobilité réduite, et nous prévoyons des réaménagements pour améliorer cela.

Crédit photo : © Théâtre du Point du Jour

Le Théâtre du Point du Jour se positionne comme un lieu de création et d’ouverture. Comment réussissez-vous à conjuguer vos enjeux artistiques avec la nécessité d’élargir vos publics et de favoriser l’inclusivité ?  

L’accessibilité est au cœur de notre projet. Nous avons intégré la Langue des Signes Française (LSF) dans nos spectacles et, pour cette saison, que l’on a nommé "Oxygène", 58% de notre programmation est composée de créations, dont 32% avec des artistes ayant des handicaps invisibles et 20% de représentations bilingues français/LSF. Nous avons aussi proposé des projets pour dépasser les frontières du théâtre traditionnel, avec des dispositifs pour accueillir tous les publics ! Des travaux sont d’ailleurs à l’ordre du jour ! Notre objectif est de rendre l’art accessible à tous, indépendamment des handicaps.

La programmation du théâtre du Point du Jour est marquée par un fort engagement social. Quels sont les thèmes qui vous semblent essentiels à explorer aujourd'hui sur scène ? 

Nos choix de programmation répondent aux enjeux sociaux et environnementaux actuels, en utilisant le théâtre pour questionner la société. Nous abordons des thèmes urgents comme l’urgence climatique, la déconstruction des modèles patriarcaux et les luttes des minorités. Par exemple, Une Pièce pour les Vivants (du 18 au 20 mars) explore la crise écologique, Requin Velours (du 25 au 27 mars) aborde la violence dans un ring de boxe, Show Girl (du 16 au 18 avril) interroge la place de la femme dans l’industrie du show-business, et Nageuse de l'Extrême (portrait d’une jeune femme givrée) (du 2 au 4 avril) raconte le combat contre la maladie à travers le portrait de Marion Joffle.

Quels sont les autres temps forts de cette seconde moitié de saison ? 

En plus d’Une Pièce pour les Vivant·e·s et Requin, il y aura aussi Show Girl (du 16 au 18 avril) qui interrogera la place de la femme dans l’industrie du show-business. Ce spectacle, librement inspiré du film Showgirls de Paul Verhoeven, mêlera performance et cabaret pour mettre en lumière la violence et l’exploitation des femmes dans ce milieu… Ensuite, Nageuse de l'Extrême (Portrait d'une jeune femme givrée), proposera un portrait bouleversant de la nageuse Marion Joffle, spécialisée dans la nage en eau glacée. Le spectacle présente un combat intérieur et physique contre la maladie, à travers deux générations de femmes qui se dépassent. 

Pouvez-vous nous parler de GRAND REPORTERRE #11 ? 

Oui ! Ce sera les 5 et 6 mai. L’idée derrière Grand ReporTERRE est de créer une rencontre inédite entre journalisme et théâtre. En huit jours, une journaliste et une metteuse en scène se retrouvent pour mettre en pièce un sujet qui agite la société. Cette 11ème édition sera une collaboration entre les artistes Sacha Ribeiro, Alice Vannier et le journaliste Antoine Chao, qui examineront les luttes minoritaires, notamment écologiques et sociales à Lyon. Leur travail aboutira à une performance hybride, croisant le passé et le présent pour créer une "trace vivante" des luttes passées qui résonne encore à notre époque...

Les Nomades, une initiative du Théâtre du Point du Jour, permet de sortir des murs du théâtre pour aller à la rencontre de nouveaux publics. Pourquoi ce projet vous tient-il à cœur ? 

Les Nomades, c’est un projet qui nous permet de toucher des publics qui n’ont pas forcément l’habitude de se rendre dans un théâtre. On va dans des lieux non conventionnels comme des MJC, des bibliothèques, ou même des appartements privés. C’est une manière de décloisonner la culture et de rendre le théâtre plus accessible. L’idée, c’est de tisser des liens avec les habitants de notre territoire, de montrer que la culture peut être là où on ne l’attend pas.

Ce projet nous permet aussi de repenser les frontières entre espace privé et public. Par exemple, quand nous jouons dans des maisons ou des espaces de vie, les spectateurs ne sont plus seulement des « spectateurs », mais deviennent des acteurs de l’expérience collective. Cela crée une proximité, une sorte de partage intime, où l’art devient vraiment un acte de rencontre.

Le Théâtre du Point du Jour se distingue par son engagement en faveur de l’inclusivité, notamment en intégrant le handicap dans la pratique théâtrale. Quelles initiatives avez-vous mises en place pour rendre le théâtre plus accessible ?

Nous avons mis en place un pôle dédié à la Langue des Signes Française (LSF) et travaillons avec des artistes sourds et malentendants, mais aussi avec des artistes porteurs de handicaps invisibles. Cela nous permet de proposer des spectacles bilingues, mais aussi de favoriser l’intégration de la LSF dans l’ensemble de notre programmation. Chaque année, notre équipe bénéficie d’une formation à la LSF pour faciliter l’accueil des artistes et du public sourd. 

« des projets pour dépasser les frontières du théâtre traditionnel »

Comment voyez-vous l’avenir du théâtre dans une société où les enjeux politiques, sociaux et écologiques occupent une place centrale ? 

Le théâtre a justement un rôle crucial à jouer dans cette société en crise. Il doit être un lieu de résistance, un espace de liberté où l’on peut aborder des questions politiques, sociales et écologiques sans tabou. Mais pour cela, il faut que le théâtre reste accessible à tous, que ce soit par le biais de tarifs adaptés, de projets de médiation culturelle, ou d'initiatives comme Les Nomades. Il faut aussi que les institutions publiques continuent de soutenir la culture et de garantir l’accès à l’art pour toutes et tous. Le théâtre doit être un outil de transformation, de débat et de conscientisation.

Propos recueillis par Carole Cailloux

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