Avec son spectacle « Calme », Swann Périssé nous parle de colère. Connue depuis de nombreuses années sur Youtube, elle est en tournée dans toute la France avec son premier one-woman-show. Rencontre.
Bonjour Swann, comment allez-vous ?
Ça va super ! J'ai joué devant 1600 personnes hier et devant 1000 personnes ce soir. Donc j’ai un petit coup de mou, mais dans une heure je devrais avoir retrouvé l'énergie.
Est ce que vous pourriez nous décrire votre spectacle « Calme » en trois mots ?
Pas serein, pas apaisé et pas détendu.

C'est un spectacle qui parle de colère, de randos, de sexe, de haters. Sur quel sujet vous préférez écrire ?
Ce que j'aime le plus en comédie, c'est d'écrire sur la sexualité, parce que c'est hyper drôle. Il y a moyen de flirter un peu avec la vulgarité, la provocation. Et en même temps, ça donne une image d'une femme super libérée qui assume complètement ces tabous. Quand tu parles de sexualité, tu peux dénoncer des violences patriarcales. Et ça, c'est ma passion.
Quel message vous voulez faire passer à travers votre spectacle ?
Il y a plein de messages dans mon spectacle, plus ou moins subtils. Le message principal, c'est que la colère est une émotion qui peut nous aider à faire bouger les choses en nous et à l'extérieur de nous, en fonction de comment on apprend à la canaliser. Ce n'est pas du tout une émotion honteuse, à rejeter ou à fuir, surtout quand on est une femme alors qu'on l'a catégorisé comme témoignant d'hystérie. Ça, c'est le message principal.
J’aime regarder les gens, les entendre respirer, ricaner, ronfler parfois

Vous avez commencé sur les planches quand vous étiez aux États-Unis, vous êtes revenue en France pour créer votre chaine youtube, et dix ans après, vous écrivez votre premier one-woman-show. Qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir sur scène ?
Après avoir fait des vidéos et avoir fait des millions et des millions de vues, parce que ça a été mon métier à plein temps pendant plusieurs années, je crois que j'avais envie de me reconnecter avec les gens, tout simplement. J'adore être sur scène. J’aime regarder les gens, les entendre respirer, ricaner, ronfler parfois (rires). J'aime sentir cette humanité qui se frotte, quand on est pas d’accord, quand il y en a une qui s'esclaffe et un autre qui fait la gueule, quelqu’un qui a les larmes aux yeux et l'autre qui est mort de rire.
Écrire pour YouTube ou la scène, c’est différent ?
Le stand up, tu peux le retravailler un peu tous les jours. Tu vas sur scène, tu travailles quelque chose de nouveau et le lendemain tu peux le perfectionner, rajouter un mot. Alors que la vidéo, une fois que tu as scellé ton texte, tu la tournes, tu la montes, fin de l'histoire. Tu ne pourras plus jamais apporter de la nuance, tu ne pourras plus jamais améliorer cette voix ou ce personnage. Sur les vidéos YouTube, tu peux passer d'un sujet à l'autre, d'une semaine à l'autre, très vite. Alors que le stand up, c'est plus un art que tu peaufines, comme un tableau sur lequel tu travaillerais pendant deux ans, ou un bon vin qui prendrait de l’âge.
Est ce que vous travaillez sur d’autres projets en ce moment?
Donald Trump est arrivé au pouvoir de nouveau, et beaucoup de journalistes disent que les États-Unis sont en train de devenir un État fasciste. Je ne peux pas en parler dans mon spectacle « Calme », parce qu’il est déjà calé et que je parle de sujets moins d’actualité, mais j’ai écrit un espèce de spectacle collégial, avec plein de gens, qui s'appellent « Y a plus le temps ». J'ai fait venir des journalistes qui nous ont expliqué la situation et comment lutter, et aussi d’autres humoristes pour parler de la violence de l'extrême droite. Ça sortira prochainement sur YouTube. Ça me paraît évident qu'en tant qu'humoriste, il faut qu'on monte sur scène et qu'on raconte des choses sur ces sujets.
Et pour finir, un petit jeu rapide : si vous étiez…
- Un film ? Eternal Sunshine of the Spotless Mind, parce que ça parle trop bien d’amour.
- Une chanson ? Allez allez allez de Camille, c’est une chanson sur le courage.
- Une saison ? L’automne en montagne.
- Une ville ? La Rochelle, sans aucune justification.
- Un animal ? Une taupe, j’ai découvert le nez d’une taupe récemment et c’est vraiment terrifiant.
Propos recueillis par Andréa Rivière