Mahaut Drama, comédienne et chroniqueuse sur France Inter, est une artiste qui se démarque par son humour acerbe et son engagement. Avec son spectacle Drama Queen, elle mêle politique, féminisme et comédie pour secouer les conventions. Rencontre.
Dans ton spectacle, Drama Queen, tu abordes des sujets politiques de manière féroce et jouissive. Quel est ton rapport à la politique ?
La politique m’a toujours fascinée, notamment le pouvoir et l’influence. J’ai grandi dans une famille où les débats politiques étaient fréquents (sans disputes !), avec une mère plutôt à droite et un père anarchiste. À 18 ans, j’ai choisi de devenir centriste. J’ai milité au Parti Radical Valoisien et fait un stage d’assistante parlementaire, ce qui m’a ouvert les yeux sur le cynisme de la politique. Aujourd’hui, l’humour est pour moi un moyen de rester une citoyenne active, d’autant plus à l’approche d’une élection présidentielle incertaine…
Pourquoi "Drama" ? Qu’est-ce qui fait que ta vie ressemble à une tragédie ?
C'est ma nature ! J'ai toujours eu une énergie qui débordait, un côté trop bruyante, trop présente, TROP ! Au début, je pensais que c’était un défaut à corriger. Mais avec le temps, j'ai appris à l’accepter et à l’aimer. Un ami m'a un jour qualifiée de "Drama Queen" pour décrire mon intensité, et je me suis bien reconnue dans ce terme. Aujourd’hui, je choisis de transformer ce qui était perçu comme un défaut en qualité. "Drama" est donc devenu une façon de revendiquer ma place dans ce monde.
Sciences Po avant de te tourner vers le journalisme puis la comédie. Pourquoi ce changement de voie ?
En réalité, j’ai échoué deux fois à Sciences Po, mais j’ai toujours été fascinée par la politique et les médias. Si je n'avais pas percé dans la comédie, j’aurais adoré faire du journalisme, un moyen de raconter des histoires et de donner une voix à ceux qui sont souvent réduits au silence. Mais la scène, l'humour et la comédie m'ont finalement appelée. Aujourd’hui, j'ai trouvé un espace où mêler mon engagement, mon amour du jeu et de la scène.
En 2018, tu as co-créé Comedy Love, une scène queer et féministe. Quel était le concept de cette scène ?
Le Comedy Love est né à un moment où il n’y avait pas d’espaces dédiés à l’humour engagé. À l’époque, il n’existait pas de véritables scène queer et féministes dans le monde de l’humour. Avec mes amis Tahnee et Noam Sinseau, nous avons donc fondé une scène qui mettait en avant des humoristes féministes, queer et engagés. L’objectif était de bousculer les conventions, de déconstruire les stéréotypes et d’offrir une tribune aux voix trop souvent ignorées. Avec ce projet, je suis devenue féministe radicale ! Le Comedy Love est comme une bulle de bienveillance pour défier les normes et prôner un changement positif.
« J’ai cette chance de pouvoir jouer avec les codes et de créer un univers unique »
Dans tes spectacles et chroniques, tu abordes des sujets sensibles. Comment gères-tu cette ligne entre humour et message politique ?
L'humour est le moyen parfait pour dédramatiser des sujets sensibles et de les rendre accessibles à tous. Mais je pense aussi qu’il est important de ne pas simplement chercher à faire rire, mais de faire réfléchir. Je teste mes blagues sur scène, je teste mes idées, et avec le temps, j’ai appris à rendre ces sujets graves tout en les abordant avec légèreté. C’est une forme de résistance à la domination des discours dominants.
Ton spectacle Drama Queen rencontre un grand succès. Quel message espères-tu transmettre à travers ce show ?
À travers Drama Queen, je veux dire aux gens qu’il est essentiel de revendiquer sa place, d’accepter qui on est. Je parle de féminisme, de politique, de la place des femmes dans la société, mais toujours avec humour et sans concession. C’est un manifeste d'amour, de résistance, et surtout de liberté. J’aimerais que chaque spectateur, en sortant, se sente plus fort, plus libre et prêt à embrasser sa propre "Drama Queen" !
L’humour peut-il réellement provoquer le changement ou est-ce juste un moyen de décompresser ?
L’humour est un puissant outil de résistance. Dans un contexte où l’extrême droite se renforce, l'humour permet de dénoncer, de défier, de bousculer les codes. C’est aussi un moyen de faire face à la pression, de résister et de faire passer des messages forts. Mais cela dépend de ce que l’on en fait. Si l’humour n’est pas conscient et engagé, il ne fera que divertir sans changer quoi que ce soit.
Tu as travaillé dans différents formats médiatiques, comme la radio, la télévision et les podcasts. Quel média te permet de t’exprimer le plus librement ?
Chaque format a ses particularités. La télévision permet une portée immense, mais la radio, notamment sur France Inter, me permet d’être plus proche de mon public. J'adore aussi le podcast, car il offre une liberté d'expression totale. Ce sont des formats qui me permettent d’explorer des sujets plus personnels et profonds. J’ai cette chance de pouvoir jouer avec les codes et de créer un univers unique.
Depuis un an, tu es devenue une influenceuse avec des milliers de followers sur Insta et TikTok. Comment gères-tu cette nouvelle dimension de carrière ?
L'influence, c'est un peu une double-edged sword. J'ai eu des moments très positifs, mais aussi des déconvenues comme lorsque mon compte TikTok a été piraté. J’essaie de garder de la distance avec cet aspect de ma carrière et de rester fidèle à mes convictions. Mon travail est toujours au service de l'engagement et de la politique. Mais les réseaux sociaux permettent d’atteindre un public plus large et de partager des idées, et c’est un moyen de faire entendre une voix, notamment auprès des jeunes.
Quels sont tes projets futurs ? As-tu l’intention de continuer à explorer de nouveaux formats comme le cinéma ou la scène internationale ?
Il y a la tournée pour Drama Queen, mais, une possible adaptation de mon spectacle en film ! En parallèle, j'ai écrit un bouquin « Que jeunesse se passe, » qui sortira le 20 mars chez Robert Laffont. C’est un genre de mélange de fumée, de paillettes, de velours et de chairs, je raconte une jeunesse qui peine à grandir…
Enfin, quel est ton avis sur l’évolution de l’humour engagé et féministe dans les années à venir ?
Je pense que l'humour engagé et féministe a encore un long chemin à parcourir. Les mentalités changent, et de plus en plus d'artistes prennent la parole. Il est important que ce mouvement continue de se développer, que les voix des femmes, des minorités et des communautés marginalisées soient entendues !
Propos receuillis par Carole Cailloux